La science-fiction | Genre littéraire
Longtemps reléguée à la marge de la « grande culture », la science-fiction s’est imposée dans le paysage littéraire post-1945 comme un lieu privilégié de critique sociale, collective et humaniste.
En effet, sous des dehors futuristes assumés et une ambition narrative revendiquée, les récits de science-fiction (ou SF, ou sci-fi pour les intimes) en disent souvent plus sur notre présent que bon nombre d’histoires qui y sont pourtant ancrées…
La mission venait justement de recevoir un nouvel appareil de sondage sous-glaciaire de conception révolutionnaire et que son constructeur prétendait capable de déceler les moindres détails du sol sous plusieurs kilomètres de glace. Louis Grey, le glaciologue, trente-sept ans, agrégé de géographie, brûlait de le mettre à l’épreuve en comparant son travail à celui des sondeurs classiques. Il fut donc décidé qu’un groupe irait faire un relevé du sol sous-glaciaire au carré 612, qui se situait à quelques centaines de kilomètres à peine du pôle Sud.
En deux voyages, l’hélicoptère lourd déposa les hommes, leurs véhicules et tout leur matériel sur le lieu d’opération.
L’endroit avait déjà été grossièrement sondé par les méthodes et les engins habituels. On savait que des profondeurs de 800 à 1 000 mètres de glace voisinaient avec des gouffres de plus de 4 000 mètres. Aux yeux de Louis Grey, il constituait un champ d’expérience idéal pour tester le nouvel appareil. »
(René Barjavel, La Nuit des temps – 1968)
Lexique pointu, descriptions au cordeau et voix narrative aride pour la forme ; apocalypse, planète inhabitée, robots humanoïdes, petits bonshommes verts, laboratoire scientifique clandestin ou base désertique pour le fond sont autant de clichés qui nous viennent en tête quand on songe à la science-fiction.
Ce tableau n’est pas tout à fait inexact, mais réducteur, et pour cause : le genre littéraire et narratif de la science-fiction se décline en plusieurs sous-genres, et chacun d’eux donne à voir ses propres codes et motifs récurrents.
Et surtout, la science-fiction flirte volontiers avec la dystopie, à tel point qu’il n’est pas rare que l’on confonde l’une et l’autre… à très juste raison.
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Définir le genre de la science-fiction
La science-fiction (communément abrégée SF en français ou sci-fi en anglais – à prononcer « saï-faï ») est un genre littéraire et cinématographique qui repose sur l’invention et le récit de sociétés ou de mondes extrapolés à partir d’hypothèses scientifiques et de progrès techniques anticipés.
Au travers de schémas narratifs plutôt codifiés, la science-fiction explore les conséquences possibles des évolutions scientifiques, techniques et humaines sur nos sociétés futures ou présentes (parfois même passées, même si ce cas de figure est plus rare, à travers le genre de l’uchronie).
Ce faisant, elle apporte une réflexion sur la manière dont les transformations majeures du monde dans lequel nous évoluons en tant qu’humains ou êtres vivants nous affectent en tant qu’individus, mais aussi en tant que société.
Le progrès scientifique, mais aussi la science au sens large ainsi que l’anticipation de l’avenir de l’Humanité et de la planète Terre y tiennent une place prépondérante.
Puisque la science-fiction représente souvent un futur proche ou lointain, on parle de littérature de l’anticipation (ou tout simplement d’anticipation) la concernant. Attention toutefois : il ne s’agit que de l’une des nombreuses facettes sous laquelle elle peut se présenter.
Toute œuvre littéraire de SF (roman, nouvelle, et même poésie…) n’est pas nécessairement une œuvre d’anticipation.
Quoi qu’il en soit, derrière une approche cryptique au premier abord, la science-fiction n’est jamais que du divertissement.
En tant que genre littéraire à part entière, elle théorise nos désirs et expectations concernant notre futur individuel et collectif, et cristallise nos peurs les plus profondes.
Ce faisant, elle permet d’exprimer des idées et de tracer des perspectives sans pontifier, par le biais de la fiction.
En la matière, on peut dire qu’elle pousse l’art de cette dernière dans ce qu’elle a de plus romanesque.
POUPONNIÈRES. SALLES DE CONDITIONNEMENT NÉO-PAVLOVIEN, annonçait la plaque indicatrice.
Le Directeur ouvrit une porte. Ils se trouvèrent dans une vaste pièce vide, très claire et ensoleillée, car toute la paroi exposée au sud ne formait qu’une fenêtre. Une demi-douzaine d’infirmières, vêtues des pantalons et des jaquettes d’uniforme réglementaires en toile blanche de viscose, les cheveux aseptiquement cachés sous des bonnets blancs, étaient occupées à disposer sur le plancher des vases de roses suivant une longue rangée d’un bout à l’autre de la pièce. De grands vases, garnis de fleurs bien serrées. Des milliers de pétales, pleinement épanouis, et d’une douceur soyeuse, semblables aux joues d’innombrables petits chérubins, mais de chérubins qui, dans cette lumière brillante, n’étaient pas exclusivement roses et aryens, mais aussi lumineusement chinois, mexicains aussi, apoplectiques aussi d’avoir trop soufflé dans des trompettes célestes, pâles comme la mort aussi, pâles de la blancheur posthume du marbre.
Les infirmières se raidirent au garde-à-vous à l’entrée du D.I.C.
— Installez les livres, dit-il sèchement. »
(Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes – 1932)
Il est vrai qu’avec ses descriptions fournies, imbibées d’un lexique de pointe, la science-fiction fait rarement dans la dentelle, que ce soit sur le fond ou sur la forme.
Cela explique pourquoi ce genre est si populaire au cinéma, en raison des nombreux effets spéciaux qu’elle permet de mettre en œuvre.
Valerio Evangelisti, un auteur italien de récits de fantasy et de science-fiction, parlait à son sujet de « maximalisme », taclant au passage le manque de considération qu’ont pu – et peuvent encore – cultiver les ayatollahs de ce qu’il nomme avec cynisme la « grande littérature » à son égard.
De même qu’il pouvait arriver au plus balourd des spaghetti-westerns d’inclure des moments de cinéma de qualité, le moins lisible des romans de science-fiction peut contenir de grandes intuitions. Même s’il s’égare dans des aventures sans autre but qu’elles-mêmes, dans des portraits psychologiques bâclés, dans des simplifications d’historiette infantile. Mais le “minimalisme” lui reste à jamais intolérable. Il est étranger à son code génétique. »
(Valerio Evangelisti, propos extraits d’un article publié dans le Monde diplomatique en août 2000 : « Une littérature des étages inférieurs : la science-fiction en prise avec le monde »)
En dépit de ses ambitions, la science-fiction souffre encore auprès d’une certaine partie de la population de son image d’odyssée sensationnaliste pour adulescents. En témoigne indirectement l’expression idiomatique courante « C’est de la science-fiction ! », employée pour qualifier un événement ou une thèse qui ne serait pas plausible.
Comme si la science-fiction, dans sa dénomination quelque peu trompeuse, n’était que pure spéculation, et que tout ce qu’elle décrit serait voué à relever du fantasme capillotracté.
Pourtant, est-il un genre plus visionnaire, plus ancré dans la réalité des enjeux qui nous guettent pour le futur que celui-là ? …
Derrière Winston, la voix du télécran continuait à débiter des renseignements sur la fonte et sur le dépassement des prévisions pour le neuvième plan triennal. Le télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d’un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston demeurait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu aussi bien qu’entendu. Naturellement, il n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. On pouvait même imaginer qu’elle surveillait tout le monde, constamment. Mais de toute façon, elle pouvait mettre une prise sur votre ligne chaque fois qu’elle le désirait. On devait vivre, on vivait, car l’habitude devient instinct, en admettant que tout son émis était entendu et que, sauf dans l’obscurité, tout mouvement était perçu. »
(George Orwell, 1984 – 1949)
Analyse :
George Orwell, écrivain britannique, dépeint dans 1984 un futur dystopique totalitaire dans lequel les citoyens anglais sont sous surveillance permanente (y compris dans leur propre maison) et sont à une propagande perpétuelle, grâce à de nouvelles technologies entrées dans tous les foyers, à l’image du télécran.
Le roman a été publié pour la première fois en 1949, bien avant l’ère des ordinateurs domestiques et des smartphones, et se projette par conséquent trente-cinq ans plus tard.
Précurseur, vous avez dit ?…
Car, pendant que nous cherchons à la définir, la science-fiction, elle, cherche avant tout à définir ce qui fait, entretient ou entache notre humanité.
Elle est tout sauf un genre littéraire futile, qui serait l’apanage des geeks ou des nerds en mal de sensations fortes, et où l’on pourrait « imaginer n’importe quoi ».
La minutie et les recherches préalables que requiert sa construction font d’elle un genre exigeant, complexe à écrire ou scénariser.
En clair, pour se lancer dans l’écriture de science-fiction qui dépote, il faut avoir les reins solides, et un bagage littéraire certain.
Et, qu’on se le tienne pour dit, ses lecteurs n’ont pas moins de légitimité à l’aimer que ceux d’autres genres.
Ces dernières englobent trois grands genres :
- la science-fiction,
- la fantasy,
- le fantastique…
… ainsi que leurs sous-genres affiliés (dystopie, uchronie, space opera, cyberpunk, bit-lit…).
Bien évidemment, toute littérature fictionnelle est, par définition, une littérature de l’imaginaire. Mais ce terme est né de l’opposition que l’on place entre les genres non mimétiques, qui explorent des univers affranchis du réel et pour tout ou partie construits par leur auteur, et les littératures dites réalistes, ou du réel.
Comme toute catégorisation de type littéraire, elle est concurrencée par d’autres types et classification, et surtout, elle est perméable. Par exemple, un roman policier pourra intégrer des éléments fantastiques dans son intrigue, et vice-versa. Dans ce cas, c’est le genre dominant qui détermine si l’on est en présence de littérature de l’imaginaire ou de littérature réaliste.
D’où l’intérêt, en tant qu’auteur, de vous poser la question du genre dominant très tôt dans le processus d’écriture, afin de savoir où vous mettez les pieds…
Le positionnement de la science-fiction en librairie
Par-delà leur étiquette estampillée littérature de l’imaginaire, les récits de science-fiction font l’objet d’un positionnement particulier en librairie, commerce spécialisé ou bibliothèque.
Dans de nombreuses librairies généralistes et grandes enseignes nationales, vous les trouverez dans un rayon étiqueté « Polar-SF » (section générique qui comprend en réalité toutes les littératures de l’imaginaire et celles du genre noir).
Pourquoi ranger ensemble deux genres aussi différents ? Eh bien peut-être parce qu’ils ne le sont pas tant que ça, au fond…
Le genre du roman policier, et par extension ses sous-genres (polar, thriller, roman noir, roman d’espionnage, whodunit…), voient plus souvent leurs intrigues se dérouler dans le passé ou le présent que dans le futur. Généralement, on y préfère aussi des armes archaïques, du quotidien, à un arsenal high-tech… Pourtant, les ponts sont fréquents entre ces genres.
Ce n’est pas certainement Hervé Le Corre qui affirmerait le contraire… Son roman Qui après nous vivrez est un polar d’anticipation, c’est-à-dire un roman d’enquête se déroulant dans un futur dystopique. Et le concept ne se limite pas à ce titre, loin de là.
Mais surtout, la science-fiction et le polar sont deux littératures de genre qui donnent dans la critique sociale. Ils dépeignent tous deux des ambiances généralement sombres, oppressives, voire nihilistes.
En ce qu’elle privilégie l’intrigue au style (ce qui n’est pas forcément le cas dans la pratique en littérature contemporaine, soit dit en passant…), on l’oppose à la littérature dite blanche, c’est-à-dire la littérature généraliste.
Un auteur de littérature de genre passe un contrat avec le lecteur, qui, en ouvrant une œuvre estampillée « tel genre », s’attend à y retrouver un certain nombre de codes.
La romance, la science-fiction, la fantasy, le roman policier et la littérature horrifique (ainsi que tous leurs sous-genres) constituent les littératures de genre les plus connues.
Considérée par l’establishment littéraire comme une « sous-littérature » et exclue de facto des sélections des grands prix littéraires, la littérature de genre se vend pourtant mieux en France, en Belgique et en Suisse que la littérature blanche en termes de volume global…
La littérature étant un art protéiforme, les catégories qu’elle dessine sont toujours plus ou moins poreuses. Il faut plutôt les envisager comme un outil marketing que comme une caractéristique substantielle en soi.
De ce fait, certains récits vendus comme de la littérature générale, et rangés dans le rayon correspondant, pourraient par ailleurs tout à fait se retrouver dans le rayon SF.
C’est le cas du roman Klara et le Soleil, de l’auteur japonais Kazuo Ishiguro.
Il n’y avait pas de clients quand il prononça ces mots, Gérante était occupée à disposer des objets sur les étagères rouges et je préférai ne pas la déranger en lui demandant la permission. Je lançai un coup d’œil à Rosa, et comme elle me fixait sans réagir, je fis deux pas avant de m’accroupir, les mains tendues vers le motif du Soleil sur le sol. Mais à peine l’avais-je effleuré du bout des doigts qu’il s’estompa, et malgré tous mes efforts – je tapotai le sol à cet endroit, et n’obtenant aucun résultat, je frottai les lattes –, il ne réapparut pas. Lorsque je me redressai, Boy AA Rex dit :
“Klara, tu es trop avide. Les filles AA, vous êtes toujours si goulues.”
J’étais encore neuve, il me vint aussitôt à l’esprit que je n’y étais peut-être pour rien ; le Soleil s’était sans doute retiré à l’instant où j’avais effleuré le plancher. Mais le visage de Boy AA Rex resta empreint de gravité. »
(Kazuo Ishiguro, Klara et le Soleil – 2021)
Résumé de quatrième de couverture du roman (par son éditeur français, Gallimard) :
L’humanité a été transformée par la technologie : désormais, les adolescents ne vont plus à l’école et grandissent avec leurs Amis Artificiels. Ces robots de pointe sont conçus pour les instruire, les distraire et veiller sur eux. Dans la vitrine du magasin, Klara, une AA particulièrement intelligente, attend avec impatience d’être choisie. Elle observe les passants et rêve d’éprouver comme eux de la joie, de la peur, de l’amour.
Bientôt, l’occasion de découvrir le monde se présente : elle est achetée par Josie, une adolescente atteinte d’une mystérieuse maladie. Mais en pénétrant l’intimité de sa nouvelle famille, Klara ne se doute pas qu’elle va devenir le témoin de troublants secrets.
Analyse :
Le résumé comme l’extrait de Klara et le Soleil laissent planer peu de doute quant au genre de récit que le roman propose. Mais pourquoi, dans ce cas, le positionner en littérature blanche et l’exclure d’une collection éditoriale dédiée à la SF ?
Klara et le Soleil est, il est vrai, légèrement plus lent et contemplatif dans sa construction que la majorité des romans de science-fiction, en plus d’être aussi plus philosophique dans son développement. En cela, on peut le rapprocher de la littérature blanche.
Ou peut-être que ce placement a tout à voir avec le fait que Kazuo Ishiguro est prix Nobel de littérature, et que d’aucuns considéreront qu’il serait offensant de le mettre à la même table que les écrivains de « littérature des étages inférieurs » – pour reprendre la brillante expression de Valerio Evangelisti…
À texte et style égaux, un auteur classé dans un rayon dédié à une ou plusieurs littératures de genre se verra fermer des portes pourtant ouvertes aux auteurs marqués du sceau « littérature blanche ».
Si l’on s’écarte une seconde du cas de la science-fiction, il n’y a qu’à voir où sont placés les romans de Guillaume Musso, Michel Bussi et Joël Dicker en librairie : au rayon généraliste.
Alors que bon nombre de leurs romans sont des polars et des thrillers, certes « légers »… mais des polars et des thrillers quand même.
A contrario, un certain nombre de romans de science-fiction sont parvenus à dépasser leur condition pour gagner leurs galons de « classiques de la littérature », tous genres confondus. Demandez plutôt à Jules Verne…
Science-fiction : les grands classiques du genre
S’il ne fallait citer qu’un seul classique de science-fiction, ce serait sans doute Vingt Mille Lieues sous les mers.
Bientôt nous fûmes emprisonnés jusqu’au cou dans le vêtement de caoutchouc, et des bretelles fixèrent sur notre dos les appareils à air. Quant aux appareils Ruhmkorff, il n’en était pas question. Avant d’introduire ma tête dans sa capsule de cuivre, j’en fis l’observation au capitaine.
“Ces appareils nous seraient inutiles, me répondit le capitaine. Nous n’irons pas à de grandes profondeurs, et les rayons solaires suffiront à éclairer notre marche. D’ailleurs, il n’est pas prudent d’emporter sous ces eaux une lanterne électrique. Son éclat pourrait attirer inopinément quelque dangereux habitant de ces parages.”
Pendant que le capitaine Nemo prononçait ces paroles, je me retournai vers Conseil et Ned Land. Mais ces deux amis avaient déjà emboîté leur tête dans la calotte métallique, et ils ne pouvaient ni entendre ni répondre. »
(Jules Verne, Vingt Mille Lieues sous les mers – 1869-1870)
Ce roman d’aventures relate le voyage de naufragés faits prisonniers par le capitaine Nemo, qui sonde les mers à bord du sous-marin Nautilus, un appareil à la technologie extrêmement poussée pour l’époque.
Il est considéré comme l’œuvre mère du genre, celle qui a mis le pied à l’étrier de toutes les autres. Certes, il n’est pas le premier roman de science-fiction à avoir vu le jour au XIXe siècle, mais il a permis d’œuvrer à sa théorisation.
Il faudra cependant attendre le début du XXe siècle pour que le terme émerge en tant que tel. Et la parution du roman de science-fiction d’un certain Herbert George Wells, en 1898, n’y est certainement pas étrangère…
(Herbert George Wells, La Guerre des mondes – 1898)
Les amateurs de hard science-fiction – l’un des nombreux sous-genres que comporte la science-fiction – préfèrent généralement considérer La Guerre des mondes plutôt que Vingt Mille Lieues sous les mers comme le classique des classiques. Cela s’explique par le fait que ce premier verse davantage dans ce qui sera intronisé ultérieurement comme des motifs récurrents du genre, l’invasion extraterrestre en tête.
Par la suite, d’autres titres (Fondation d’Isaac Asimov, 1984 de George Orwell, ou encore Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, pour ne citer qu’eux) émergeront et marqueront la liste des œuvres littéraires incontournables en science-fiction.
Quel plaisir extraordinaire c’était de voir les choses se faire dévorer, de les voir noircir et se transformer.
Les poings serrés sur l’embout de cuivre, armé de ce python géant qui crachait son venin de pétrole sur le monde, il sentait le sang battre à ses tempes, et ses mains devenaient celles d’un prodigieux chef d’orchestre dirigeant toutes les symphonies en feu majeur pour abattre les guenilles et les ruines carbonisées de l’Histoire.
Son casque symbolique numéroté 451 sur sa tête massive, une flamme orange dans les yeux à la pensée de ce qui allait se produire, il actionna l’igniteur d’une chiquenaude et la maison décolla dans un feu vorace qui embrasa le ciel du soir de rouge, de jaune et de noir.
Comme à la parade, il avança dans une nuée de lucioles. Il aurait surtout voulu, conformément à la vieille plaisanterie, plonger dans le brasier une boule de guimauve piquée au bout d’un bâton, tandis que les livres, comme autant de pigeons battant des ailes, mouraient sur le seuil et la pelouse de la maison. Tandis que les livres s’envolaient en tourbillons d’étincelles avant d’être emportés par un vent noir de suie. »
(Ray Bradbury, Fahrenheit 451 – 1953)
Les sous-genres de la science-fiction
La science-fiction compte un certain nombre de sous-genres qui lui sont associés. En voici un aperçu succinct.
N. B. : Une même œuvre peut réunir les critères de plusieurs de ces sous-genres à la fois. Car, si les genres littéraires sont perméables entre eux, les sous-genres le sont également… c’est la magie de la création artistique.
La hard science-fiction (ou hard SF)
La hard science-fiction se base sur des principes scientifiques rigoureux et plausibles en l’état des connaissances que l’on possède au moment de l’écriture.
Elle vise avant toute chose la cohérence, le réalisme et la précision scientifique.
- Le Problème à trois corps, Liu Cixin,
- Seul sur Mars, Andy Weir,
- Eriophora, Peter Watts.
La soft science-fiction (ou soft SF)
La soft SF, à l’inverse, utilise le futur, un cadre spatial ou la technologie comme un simple décor ou prétexte, qui sert les intérêts du récit.
Elle ne vise pas particulièrement le réalisme scientifique et peut donc prendre certaines libertés avec la réalité…
- Dune, Frank Herbert (qui est aussi du space opera),
- Chroniques martiennes, Ray Bradbury,
- La Main gauche de la nuit, Ursula K. Le Guin.
La fiction spéculative
La fiction spéculative (parfois aussi appelée roman d’hypothèse), à l’instar de la soft SF, s’attache à utiliser les motifs récurrents du genre comme simple prétexte pour aborder des problématiques sociales, politiques, psychologiques et philosophiques.
Le message qu’elle envoie va généralement dans le sens du progressisme et s’oppose aux discriminations les plus flagrantes de notre société (masculinisme, homophobie, racisme, validisme, âgisme…).
- Vox, Christina Dalcher,
- Obsolète, Sophie Loubière,
- La Servante écarlate, Margaret Atwood.
Le space opera
Le space opera met en scène des aventures dramatiques qui prennent place dans un cadre géopolitique complexe.
Conflits interstellaires, batailles épiques, empires galactiques à la dérive ou exploration spatiale ambitieuse sont ses crédos !
- Dune, Frank Herbert (qui est aussi de la soft SF),
- Les Voyageurs, Becky Chambers,
- Ceux de la Légion, Jack Williamson.
Le cyberpunk
Genre apparenté à la hard science-fiction et à la dystopie, le cyberpunk décrit des sociétés très avancées technologiquement parlant, mais dont les rapports sociaux sont dégradés. Les membres des communautés concernées sont soumis au joug de réseaux informatiques puissants et de technologies intrusives telles que les implants cybernétiques.
- Neuromancien, William Gibson,
- Ce que rêvent les chiens, Fabien Tarlet,
- Le Samouraï virtuel, Neal Stephenson.
L’uchronie
Les uchronies réécrivent notre Histoire afin d’imaginer des mondes dans lesquels un événement avéré ne se serait pas produit, ou aurait trouvé une issue différente.
Un certain nombre d’entre elles s’attachent à présumer de ce que le monde serait devenu si le Troisième Reich d’Adolf Hitler avait gagné la Seconde Guerre mondiale.
- Le Maître du Haut Château, Philip K. Dick,
- Widowland, C. J. Carey,
- Block 109, Vincent Brugeas.
Le steampunk
Forme d’uchronie très spécifique, le steampunk dépeint un monde où les technologies modernes se seraient développées à partir des sciences et des techniques du XIXᵉ siècle, à l’instar de la machine à vapeur.
Le terme est construit à partir de l’assemblage des noms steam (« vapeur » en anglais) et punk, en référence au cyberpunk, dont il est en quelque sorte le renversement.
- Homunculus, James P. Blaylock,
- La Lune seule le sait, Johan Heliot,
- La 25e heure, Feldrik Rivat.
La dystopie
Les dystopies sont des récits d’anticipation qui décrivent un futur cauchemardesque au sein d’une société oppressive ou déshumanisée.
Une dystopie est toujours éminemment politique. Les œuvres qui entrent dans son champ délivrent une critique des possibles dérives technologiques et sociales en extrapolant celles qui ont déjà cours à notre époque ou ont eu lieu dans le passé.
- Hunger Games, Suzanne Collins,
- Entre chiens et loups, Malorie Blackman,
- L’Épidemie, Åsa Ericsdotter.
Science-fiction et dystopie sont intimement liées, en cela que la science et la technologie servent presque toujours, à un degré plus ou moins élevé, les intérêts du pouvoir dictatorial en place.
Si l’on reprend l’exemple de l’univers de Hunger Games, ce sont bien des innovations technologiques majeures (arènes virtuelles, hologrammes réalistes, mouchards bioniques, arsenal militaire surpuissant, villes enterrées…) qui permettent au régime totalitaire régnant de se maintenir à Panem.
Et puisque l’on en est à dresser des parallèles, les tenues des Pacificateurs, ces agents chargés de maintenir l’ordre et la répression dans les différents districts de Panem, font tout de même fortement penser aux tenues des Stormtroopers dans Star Wars. De même que les costumes des tributs utilisés lors des tournées, des interviews de Caesar Flickerman et du défilé d’ouverture appartiennent tous à une ligne futuriste qui n’est pas sans rappeler celle qui habite les romans d’anticipation…
L’utopie
Contraire de la dystopie, l’utopie décrit une société imaginaire organisée de manière idéale, offrant un modèle de perfection politique, sociale ou technologique pour ses habitants.
Elle est l’un des rares sous-genres de la science-fiction à offrir une exposition méliorative, et ce afin d’ouvrir une réflexion sur l’intérêt de bâtir une alternative souhaitable à notre monde actuel.
Méfiez-vous toutefois des apparences : ce n’est pas parce que le monde dans lequel les personnages évoluent se présente comme idéal que les vies desdits personnages le sont…
- Macha ou l’évasion, Jérôme Leroy,
- Les Dépossédés, Ursula K. Le Guin,
- Herland, Charlotte Perkins Gilman.
Les grands thèmes et tropes de la science-fiction
La science-fiction, comme n’importe quelle autre littérature de genre, explore des thèmes récurrents et utilise ce que l’on appelle des tropes.
Un trope peut être :
- un schéma narratif,
- une situation,
- un type de personnage,
- un rebondissement,
- un type d’exposition ou de dénouement (par exemple, une romance se termine forcément bien (le fameux happy end). Si ce n’est pas le cas, il s’agit alors d’un drame romantique, ou d’un autre sous-genre du roman d’amour, mais pas d’une romance à proprement parler. C’est un code intégré, à tel point que le/la lecteur/trice de romance s’attend à une fin heureuse. S’il/elle ne l’a pas, il/elle risque d’être insatisfait/e et de ne plus revenir vers l’auteur ou la maison d’édition.)…
Chaque littérature de genre (et ses sous-genres) possède ses propres tropes.
Il s’agit avant tout d’un outil de classification éditoriale et commerciale utile (et même indispensable) à la chaîne du livre dans son ensemble, au même titre que les codes visuels des couvertures.
Elle permet aussi aux lecteurs de s’y retrouver parmi l’océan de nouvelles publications, afin de viser au plus juste, d’éviter la déception et de mieux se projeter.
Par exemple, si on lit « triangle amoureux » dans une critique ou dans le résumé de la quatrième de couverture, on ne pense pas immédiatement à un polar. De la même manière, quand on lit « invasion extraterrestre », on visualise aussitôt un univers de science-fiction, et non à un roman à l’eau de rose.
Bien sûr, les tropes qui s’appliquent en littérature fonctionnent également pour tous les arts narratifs (cinéma, musique, et même peinture dans une certaine mesure).
Tropes et thèmes sont deux notions qui se recoupent, mais là où les thèmes concernent surtout les questions philosophiques ou sociales, les tropes sont davantage à envisager comme des dispositifs et mécanismes narratifs qui entrent directement dans la composition des leviers de l’histoire.
Le trope est généralement plus précis que le thème.
- l’amour,
- l’amitié,
- la parentalité,
- le traumatisme,
- la résilience,
- le pardon,
- l’empathie…
Exemples de tropes fréquents en romance (souvent désignés, y compris en français, sous leur nom original emprunté à la langue anglaise) :
- les relations amoureuses entre personnes d’âges très éloignés (age gap),
- les fausses relations amoureuses (le fake dating), souvent pour répondre un pari ou faire plaisir à ses parents,
- les relations amoureuses entre ex (second chance),
- une relation amoureuse entre un individu supposément beau et l’autre prétendument laid (Beauty and the Beast),
- les romances entre amis d’enfance (childhood sweethearts),
- le couple composé d’un individu grincheux et d’un autre solaire (grumpy vs sunshine),
- les ennemis de toujours qui tombent amoureux (enemies to lovers)…
Les thèmes de la science-fiction
La science-fiction reprend un certain nombre de thèmes récurrents :
- l’espace,
- l’apocalypse,
- le voyage dans le temps,
- les extraterrestres,
- la science,
- la médecine,
- la colonisation spatiale,
- l’informatique,
- l’écologie,
- le climat,
- l’immortalité,
- les mutations génétiques,
- les vaisseaux spatiaux,
- les robots,
- la cybernétique (= la fusion entre humains et machines),
- l’intelligence artificielle,
- le contrôle social,
- le totalitarisme,
- le clonage,
- l’eugénisme,
- l’éthique,
- le transhumanisme (= mouvement culturel et intellectuel prônant l’usage des sciences pour augmenter les capacités physiques et cognitives humaines)…
Charlie tient un journal intime, dans lequel il retrace son parcours et son évolution vers une intelligence qu’il ne pensait jamais toucher du doigt… et qui pourrait bien n’être qu’une chimère.
L’histoire, bouleversante, vue à travers les yeux d’un personnage principal infiniment attachant, pose en filigrane la question de ce qu’est réellement l’intelligence : question de facultés logiques quantifiables, ou génie du cœur ?
Extrait :
« En même temps, dans le réchauffement de ma colère, naissait la compréhension accablante de ce qui m’avait perturbé tandis que Strauss parlait et à nouveau quand Nemur avait généralisé les données. Ils avaient fait une erreur, naturellement ! L’évaluation statistique de la période d’attente nécessaire pour prouver la permanence de la transformation avait été fondée sur des expériences antérieures dans le domaine du développement mental et de la faculté d’apprendre, sur des périodes d’attente concernant des animaux normalement stupides ou normalement intelligents. Mais il était évident que la période d’attente devait être prolongée dans les cas où l’intelligence de l’animal avait été doublée ou triplée.
Les conclusions de Nemur étaient donc prématurées. Car aussi bien pour Algernon que pour moi, il faudrait davantage de temps pour savoir si la modification persisterait. Les professeurs avaient fait une erreur et personne ne s’en était aperçu. Je voulais me dresser et le leur dire, mais je ne pouvais pas bouger. Comme Algernon, je me trouvais enfermé derrière le grillage de la cage qu’ils avaient construite autour de moi.
Maintenant, on allait passer aux questions de l’auditoire et avant qu’on me permette de dîner, il me faudrait faire mes tours devant cette assemblée distinguée. Non. Il fallait que je m’en aille. »
(Daniel Keyes, Des fleurs pour Algernon – 1959)
Les tropes de la science-fiction
Les tropes de la science-fiction sont si nombreux et spécifiques qu’il n’est possible d’en sélectionner que quelques-uns…
- les voyages dans l’espace qui tournent mal,
- les rencontres entre aliens et êtres humains,
- l’invasion extraterrestre,
- « ma vie n’était qu’une simulation informatique »,
- la vie dans les laboratoires et bases secrètes,
- la création de monstres,
- les expériences et évolutions scientifiques qui vont à l’encontre de la morale,
- les pandémies globales et les virus mortels,
- les cataclysmes climatiques,
- les guerres interstellaires,
- les mondes virtuels,
- le terraformage (= le fait de rendre une planète habitable pour les humains alors qu’elle ne l’était pas initialement),
- les intelligences artificielles qui veulent neutraliser les humains,
- un monde post-apocalyptique tombé sous le joug d’un pouvoir totalitaire,
- les mondes souterrains,
- la vie dans les bunkers après une apocalypse nucléaire…
De 2007 à 2019, The Big Bang Theory est l’une des sitcoms les plus suivies et aimées dans le monde occidental.
La série met initialement en scène un groupe de quatre jeunes adultes : l’inénarrable (mais non moins insupportable !) Sheldon Cooper, son colocataire, meilleur ami et souffre-douleur privilégié Leonard Hofstadter, ainsi que leurs deux amis Howard Wolowitz et Rajesh Koothrappali.
Au début de la série, ils rencontrent quelques difficultés à s’ouvrir au monde et à aborder les filles, et pour cause : ce sont de véritables geeks, mordus de science-fiction. Si vous n’avez jamais vu la série, vous imaginez peut-être alors des ados boutonneux, sans ambition, cloîtrés dans leurs chambres avec leurs consoles de jeu et se nourrissant uniquement de pizzas surgelées…
C’est bien mal les connaître : trois d’entre eux sont docteurs en astrophysique, physique théorique et physique expérimentale, tandis que le quatrième est ingénieur physicien en aérospatiale… et astronaute. Et tous travaillent à Caltech, l’une des meilleures universités privées au monde en matière de sciences appliquées. De quoi casser les clichés en la matière.
D’autant que chaque personnage connaît un développement qui lui permet de dépasser son archétype initial ou de fonder une famille avec une femme qui ne baigne pas dans le même univers, mais ne le rejette pas pour autant.
De nombreux épisodes de la série, éminemment comique, sont émaillés de références à la science-fiction, la fantasy et la pop culture, permettant alors à un public non initié jusqu’ici de mettre un pied dans cet univers et de dépasser ses préjugés.
Une belle revanche pour les geeks !
(Et si vous aspirez à devenir écrivain ou scénariste, The Big Bang Theory est, sous ses airs de sitcom gentillette, une petite pépite en termes d’écriture de dialogues et de composition – surtout en VO, sur laquelle vous auriez certainement tort de faire l’impasse.
À bon entendeur…)
Questions fréquentes sur la science-fiction
- Quel est le meilleur livre de science-fiction en 2026 ?
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Il est toujours délicat de prescrire un livre en affirmant qu’il pourrait être LE meilleur de sa catégorie ; ce serait au mieux une preuve de naïveté, au pire une démonstration de suffisance.
Néanmoins, si vous souhaitez faire vos premiers pas vers la science-fiction sans fausse note, nous pouvons modestement vous recommander quelques titres de qualité parmi les sorties récentes :
- Hystérie collective, Lionel Shriver,
- C’est le cœur qui lâche en dernier, Margaret Atwood,
- L’orage qui vient, Louise Mey,
- Vox, Christina Dalcher,
- Scintillation, John Burnside,
- Panorama, Lilia Hassaine,
- Macha ou l’Évasion, Kazuo Ishiguro,
- Apprendre, si par bonheur, Becky Chambers,
- Widowland, C.J. Carey…
Pensez également à vous tourner vers les classiques du genre :
- Vingt Mille Lieues sous les mers, Jules Verne,
- La Guerre des mondes, H.G. Wells,
- Fondation, Isaac Asimov,
- Des fleurs pour Algernon, Daniel Keyes,
- Dune, Frank Herbert,
- Le Meilleur des mondes, Aldous Huxley,
- Fahrenheit 451, Ray Bradbury,
- 1984, George Orwell,
- La Servante écarlate, Margaret Atwood…
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Tihay, L. (18 mars 2026). La science-fiction | Genre littéraire. Quillbot. Date : 19 mars 2026, issu de l’article suivant : /fr/blog/genre-litteraire/science-fiction/